Historique
Art et santé ont été de tout temps intimement liés au sein des institutions de soins, en Occident (Grèce Antique, Rome) comme en Orient. La médecine, en se spécialisant et se technicisant, a un temps éloigné l’art des préoccupations hospitalières. Mais au XXe siècle, la culture retrouve progressivement toute sa place à l’hôpital. Aujourd’hui, elle participe considérablement à renforcer la dimension humaine de l’institution et à ouvrir les établissements sur l’extérieur.
Le souci d’associer expertise médicale et environnement culturel remonte à la Grèce Antique avec Epidaure, à l’époque romaine avec l’Asclépeion de Pergame par exemple.
Ensuite le développement hospitalier est fortement lié à celui des congrégations religieuses. Cette tradition chrétienne et monastique des hôpitaux a contribué à la naissance de l’art religieux, dans les chapelles annexes, puis dans les salles de malades (exemples : le rétable d’Issenheim ou le polyptique du Jugement Dernier des Hospices de Beaune).
Cette tendance à lier culture et hôpital se retrouve également en Orient où l’architecture, les décorations, le ruissellement bienfaisant de l’eau et l’ouverture mystique vers la sérénité du ciel bleu aidaient les patients à guérir de leurs maux, comme à Alep en Syrie dès 1354.
Le lien culturel se poursuit en Occident à la Renaissance, avec des chefs-d’oeuvre que l’on peut encore admirer particulièrement en Italie (Florence, Sienne, Milan, Bologne…).
Au fil des siècles suivants et en parallèle avec les progrès de la médecine, l’hôpital s’est transformé en un lieu de soins laïc de plus en plus performant, spécialisé et technicisé. Les liens avec la culture se sont distendus peu à peu dans cet univers déshumanisé qu’est devenu l’hôpital.
Historiquement, la renaissance de l’art à l’hôpital est apparue à la fin du XIXe siècle dans les asiles psychiatriques, avec les créations d’oeuvres de patients (1860 Joseph Octave Delapierre “Histoire littéraire des fous”, 1900 première exposition d’oeuvres de malades mentaux au Bethlem Royal Hospital de Londres).
Ces dernières sont mises à jour surtout après la deuxième guerre mondiale dans un courant dit de “l’Art brut”, par des artistes comme Jean Dubuffet et Paul Eluard. Cette prospection des hôpitaux psychiatriques revêtira une portée européenne et internationale.
Des noms, comme celui d’Antonin Artaud, évoquent également des grandes figures de l’Art qui se sont exprimées lors de leurs séjours hospitaliers.
Au milieu du XXe siècle, la volonté de rendre les hôpitaux dans leur ensemble plus humains, de les ouvrir sur la Cité, de créer une culture d’entreprise pour les soignants autour d’un projet mobilisateur, de faire accéder les publics “empêchés” à la dimension culturelle, a réactualisé la question de la “Culture à l’hôpital”.
Cet enjeu a abouti en France en 1999 à la signature d’une convention de partenariat entre le Ministère de la Culture et le secrétariat d’Etat à la Santé.
Cette convention vise à assurer le développement et la pérennité des actions dont l’objectif est d’ouvrir les lieux de culture et les établissements de santé les uns aux autres.
La convention est organisée autour de 3 axes :
- les jumelages entre hôpitaux et équipements culturels,
- le développement des bibliothèques hospitalières,
- la création d’une fonction de responsable culturel au sein des hôpitaux.
L’Agence Régionale de l’Hospitalisation et la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Alsace ont signé le 30 mars 2004 une convention qui décline régionalement la convention de 1999.
La démarche initiée doit :
- renforcer la dimension humaine de l’hôpital et l’approche globale du patient,
- assurer une meilleure qualité des soins et de la vie au sein des établissements de santé,
- ouvrir l’hôpital sur la Ville et favoriser les échanges dans et hors de l’hôpital,
- améliorer l’image des établissements de santé,
- développer les échanges entre différentes catégories de personnel hospitalier,
- permettre aux soignants d’appréhender leur pratique professionnelle et leur institution d’une façon différente,
- favoriser les échanges entre les établissements,
- développer les coopérations, à partir de projets communs, sur un territoire donné,
- identifier un référent culturel dans chacun des établissements de santé de la Région,
- favoriser l’implication des structures culturelles et des équipes artistiques hors de leurs terrains habituels d’intervention auprès de publics élargis et diversifiés,
- accompagner les actions de formation conjointes sensibilisant les intervenants culturels et les professionnels de santé au respect réciproque des métiers et des compétences, et à celui des patients.
Le projet « Culture à l’hôpital » du Centre hospitalier de Rouffach
- Un projet culture en cohérence avec les objectifs du projet d’établissement
Ce dernier, pour la période 2006-2010, a été approuvé par les autorités de tutelle en juin2006.
- les grands objectifs de l’établissement :
- assurer la qualité de la prise en charge des patients
- favoriser la réinsertion sociale et l’estime de soi des patients,
- tenir compte de la multiculturalité des populations accueillies
- démystifier la maladie psychiatrique
- développer des projets transversaux en liaison avec la création des pôles,
- ouvrir l’hôpital sur l’extérieur : partenariats avec des équipements culturels
- bâtir des projets transversaux intersectoriels,
- associer tous les personnels à la démarche,
- mettre en œuvre des actions de coopération avec les personnes hospitalisées ; associer les familles et les associations représentant les patients, (nouveau statut de l’usager et rôle de ses représentants ou associations)
- favoriser la coopération inter hospitalière et l’intégration du projet dans son territoire géographique,
- développer la coopération culturelle territoriale : projet de territoire sur le thème « culture et santé », projet théâtre transfrontalier, festival interrégional en 2009, projet danse interhospitalier…
- accompagner les rénovations architecturales par une approche culturelle (ex : CTJ de Colmar)
- prévoir des formations pour les différents acteurs du projet,
- communiquer autour du projet
- évaluer l’impact des réalisations culturelles à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement
- l’élaboration du projet :
Il est défini par un comité de pilotage interprofessionnel et par des groupes de travail mis en place en fonction des différents sous-projets (exemple: lecture / écriture; théâtre; animations enfants / adolescents; spectacles vivants; peinture; danse…).
- la déclinaison du projet :
Il est décliné en projets annuels ou pluriannuels, selon les disciplines, qui sont soumis au subventionnement de l’ARH et de la DRAC dans le cadre de la convention « Culture à l’hôpital ».
D’autres partenariats financiers sont également recherchés.
- l’évaluation :
Ces différents projets font l’objet d’une évaluation sur la base des objectifs de la convention, des résultats obtenus et des moyens mis en œuvre, des diagnostics des projets (référentiel d’évaluation à construire en partenariat avec l’Université de Haute Alsace à Mulhouse et les Universités de Freiburg et Bâle).